14/12/2023 : Séance de l’Académie à la Mairie de Nantes

Dans le décor Art déco de la salle Paul Bellamy de l’hôtel Rosmadec, dans l’enceinte de la mairie de Nantes, s’est tenue mardi 14 décembre à 18h00 la séance solennelle de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire venant clore l’exercice 2023.

Une soirée marquée principalement par la présentation du cahier 2024, œuvre collective rituelle de l’académie, et par l’intronisation d’un nouveau membre.

Dominique Pierrelée, chancellier de l’académie
(Photo Xavier Ménard)

L’ouverture de la séance fut marquée par le mot d’accueil traditionnel prononcé par Dominique Pierrelée, qui évoqua l’importance de ce rendez-vous rituel de fin d’année. En réponse à son propos et au nom de la municipalité nantaise qui accueillait en ses lieux l’académie, Michel Cocotier, conseiller municipal, représentant Madame Johanna Rolland, Maire de Nantes, tint à souligner dans son propos la qualité et la force des liens particuliers qui se sont tissés à travers le temps entre la municipalité et l’académie en raison de l’action menée par cette dernière en faveur de la littérature en particulier et de la francophonie en général.

Michel Cocotier, conseiller municipal, représentant Madame le Maire de Nantes, Johanna Rolland (Photo Xavier Ménard)

Puis Patrick Barbier, vice-chancelier, orchestrateur des interventions, prit le relais pour annoncer les différents temps forts de la soirée. Jean-Yves Paumier, chancelier d’honneur, rappela la carrière littéraire exceptionnelle d’Amin Maalouf, membre d’honneur de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire, élu le 28 septembre 2023 secrétaire perpétuel de l’Académie française, où il avait été admis le 23 juin 2011. Né à Beyrouth dans une famille d’intellectuels libanais, il fit des études d’économie et de sociologie, avant de couvrir – comme journaliste – de nombreux évènements à travers le monde. A ce titre, il fut à titre d’exemple le témoin de la chute de la monarchie éthiopienne en septembre 1974, ou de la dernière bataille de Saigon, en avril 1975.

Jean-Yves Paumier évoquant Amin Maalouf
(Photo Xavier Ménard)

Etabli en France en 1976, Amin Maalouf fut rédacteur en chef de Jeune Afrique avant de se consacrer à l’écriture et de connaître un premier succès de librairie en 1986 avec Léon l’Africain. Prix Goncourt 1993 pour Le rocher de Tanios, il évoqua dans cet ouvrage les montagnes libanaises de son enfance. En 1998 le prix européen de l’essai lui fut attribué pour Les Identités meurtrières, et en 2010 il obtint le prix Prince des Asturies des Lettres pour l’ensemble de son œuvre. Suivra une œuvre abondante marquée par l’empreinte de la guerre civile et de l’immigration. Parmi les auteurs qui exercèrent sur lui une empreinte, il reconnait une double influence : celle d’auteurs occidentaux comme Thomas Mann, Albert Camus, Léon Tolstoï, Marguerite Yourcenar, Charles Dickens, Stefan Zweig, d’une part, et celles d’Omar Khayyam comme de la poésie de langue arabe d’autre part.

En hommage au nouveau secrétaire perpétuel de l’Académie française, un court intermède musical proposa au public présent un extrait de Beirut, l’une des compositions musicales d’Ibrahim Maalouf, neveu de l’académicien, musicien et compositeur. Il fut rappelé à cette occasion que le père de ce dernier, Nassim Maalouf (frère d’Amin), lui-même compositeur réputé, fut l’inventeur dans les années 1960 de la trompette à quatre pistons (dite « microtonale ») permettant d’interpréter avec cet instrument les quarts de ton typiques des tonalités de la musique arabe.

De gauche à droite : J.-Fr. Caraës, E. Fonteneau, Cl. Giraud-Labalte, M. Germain
(Photo Xavier Ménard)

Présentation du cahier 2024 de l’académie

Patrick Barbier annonça ensuite la présentation du cahier 2024 de l’académie, assurée conjointement par Claire Giraud-Labalte, Eric Fonteneau, Jean-François Caraës et Michel Germain.

En introduction Claire Giraud-Labalte présenta les raison qui présidèrent au choix de la thématique européenne pour la présente édition : « Ce Cahier 2024 nous fait voyager de multiples manières, dans l’espace et le temps, l’imagination et l’invention, élargit notre horizon. Tout un monde se découvre : des Européens chez nous ; des artistes de toutes disciplines au-delà des frontières ; l’empreinte de l’Europe sur nos paysages. De même une série de portraits, de parcours individuels qui tendent des lignes vers divers pays et partagent leurs réflexions, nous relient à d’autres langues, à d’autres expressions, de l’Espagne à la Suède, de la Lituanie à l’Allemagne en passant par l’Italie, etc. »

Jean-François Caraës, coordonnateur de l’ouvrage et rouage essentiel de la préparation de ce dernier, aborda ensuite la structuration du cahier en différentes parties, expliquant les contributions respectives de chacun.

Cahier 2024 de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire
Échanges entre Bretagne Pays de la Loire et Europe

Des Européens chez nous

  • Concert des nations en Baie de Bretagne
    (Dominique Pierrelée)
  • De Ouessant à l’Oural : des Bretons en Europe, et vice-versa
    (Annie Ollivier)
  • Les Polonais de Couëron
    (Colette Le Lay)

L’art au-delà des frontière

  • Avec David d’Angers sur les chemins de l’Europe
    (Jacques Boislève)
  • Etienne Destranges, l’ambassadeur nantais de Bayreuth
    (Patrick Barbier)
  • Le prix de Rome
    (Vincent Rousseau)

L’Europe dans le paysage

  • Wisslick Komelick – Noirmoutier, laisses d’Europe sur île atlantique
    (Henri Copin)
  • Clisson, un parfum d’Italie
    (Claire Giraud-Labalte)
  • Les influences européennes de Thomas Dobrée pour son palais nantais
    (Jean-François Caraës)
  • Un palais italien à Varades, la demeure de François Briau (1812-1890)
    (Claire Voisin-Thiberge)
  • Regards croisés sur le Port du Bec, « petit port chinois » et la Algameca Chica, « Shangaï carthaginoise »
    (Xavier Noël)

Portraits et rencontres

  • Juan José España, un Franco-espagnol, compagnon de l’Ordre de la Libération
    (Noëlle Ménard)
  • Jörg Bong : L’europhile aux deux visages
    (Michel Germain)
  • Nantes, l’Europe, la Culture – Six portraits de personnalités ligériennes des arts, de la pensée et du spectacle
    (Michel Valmer)
  • Lotta Lekvall, une Suédoise à Nantes et dans les Pays de la Loire
    (Claire Giraud-Labalte)
  • Là-bas, la Baltique / Ten toli Baltija
    (Claire Giraud-Labalte)
  • Françoise Thyrion « La langue française est mon pays. »
    (Ghislaine Lejard
  • Trois femmes russes
    (Annie Ollivier)
  • Les racines grecques
    (Vincent Rousseau)
  • Nantes, l’Europe… et un petit coin de Saintonge
    (Philippe Josserand)

Excursion en pays de Retz

  • Trajectoires
    (Dominique Pierrelée)
  • Les Gondi et le cardinal de Retz
    (Jean-Louis Liters)
  • 10 septembre 1793 en pays de Retz, entre histoire et littérature
    (Jean-François Caraës)
  • Brains, de Jules Verne à Dos Passos
    (Jean-Yves Paumier)
  • De Pornic à la Magistère, sur les traces de Maurice Orliac
    (Michèle Chaillou, Marie-Laure Prévost)
  • Les souvenirs de l’enfant du lac
    (Vincent Rousseau

Nantes en francophonie

  • Littératures en français ; les nouveaux espaces
    (Henri Copin
  • « Je voyage dans une langue, le français » – Patrick Navaï
    (Ghislaine Lejard
  • Yvan Navaï, interprète et compositeur, poly-instrumentiste
    (Ghislaine Lejard
  • Jouer avec les mots
    (Jean Amyot d’Inville)

Dans le rétroviseur

Ils nous ont quittés

  • Pour Malika Pondevie (P. Josserand)
  • Malika la morisque (Noëlle Ménard)
  • Malika au galop (Henri Copin)

Réceptions de nouveaux membres

  • Colette Le Lay, une femme scientifique engagée (Jean-Louis Liters, Annie Ollivier)
  • Claire Voisin-Thiberge (Noëlle Ménard, Jacques Boislève)
  • Alfred Gambou (Henri Copin)

Quand on parle de l’Académie

  • L’Académie se déplace dans le département : à Ancenis, au Croisic
  • L’Académie au Palais Garnier
  • Dévoilement des plaques M. Chaillou, Y. Cosson et H. Cadou

Remises des prix de l’Académie

  • Prix de l’Académie 2023 à Pierre Adrian (présentation de Michel Germain)
  • Prix Jules Verne 2023 (présengtation de Christian Robin)
  • Prix Yves Cosson 2023 de poésie (Henri Copin)
  • Prix de Loire-Atlantique 2023 (Jean-François Caraës

Intermède européen : Propos de Pilar Martinez-Vasseur

Michel Valmer et Pilar Martinez-Vasseur
(Photo Xavier Ménard)

A l’invitation de Michel Valmer, Pilar Martinez-Vasseur, directrice du Festival de Cinéma espagnol de Nantes depuis 1990, prit la parole. Membre de l’académie, spécialiste en histoire et civilisation espagnole contemporaine, professeur émérite au Département d’Études Hispaniques de l’Université de Nantes, elle évoqua avec ferveur la richesse que lui procure sa double culture française et hispanique.

Présentation de Gaëlle Péneau

Patrick Barbier annonça ensuite la présentation d’un nouveau membre de l’académie, Gaëlle Péneau. Née à Nantes en 1952, architecte de formation, elle fut notamment membre fondateur et co-gérante de l’agence GPAA, membre correspondant national de l’Académie d’Architecture française, vice-présidente de la Maison régionale de l’architecture des Pays de Loire à Nantes, et architecte conseil de la Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques (MIQCP)

Michel Germain expliqua en préalable que l’intéressée avait accepté de de se plier de bonne grâce au jeu consistant à se présenter au travers de sept images (choisies par elle), évocatrices de lieux, d’évènements, de personnes importantes dans sa trajectoire personnelle. Evoquant en premier lieu la couverture du n°96 de la revue 303 de novembre 2008, Gaëlle Péneau rappela la présence en couverture de cette publication de la formule de Louis Aragon « Né à Nantes comme tout le monde », faisant écho à ses propres origines. Surtout, la revue exprimait le lien fort qu’elle éprouve pour Jacques Cailleteau, fondateur de la revue. Conservateur régional de l’inventaire des richesses artistiques de la France, au sein de la DRAC des Pays de la Loire, ce dernier l’embaucha à mi-temps pour relever les plans d’édifices faisant l’objet d’une campagne d’inventaire. Elle avait 20 ans. Ce fut sa première expérience professionnelle.

Gaëlle Péneau
(Photo Xavier Ménard)

L’image suivante, représentant l’extrait d’un inventaire topographique, se réfère à la campagne de relevés auquel elle participa en 1983 dans le canton de La Ferté-Bernard. A la faveur de cette image, elle rappela qu’un dessin d’architecture est avant tout une vision de l’espace. En apprenant à dessiner des plans, elle apprit à regarder l’architecture. « En architecture le dessin est utilisé pour communiquer, il est donc bien une forme de langage qui a ce double rôle de faciliter le processus de conception lui-même et de partager avec d’autres les idées développées au cours de ce processus ».

Succéda l’image d’un paysage associant, dans une même perspective, la terre et la mer, dans un contre-jour, occasion de rappeler la traversée qu’elle fit en juillet 2021 de la Bretagne, d’est en ouest, depuis la forêt de Paimpont jusqu’à la pointe du Toulinguet (presqu’île de Crozon). Deux cents kilomètres effectués à pied, clin d’œil à l’académie « de Bretagne » mais surtout à Par les champs et par les grèves, le récit du voyage effectué en 1847 en Bretagne par Gustave Flaubert et Maxime du Camp, dont elle emprunta une partie de l’itinéraire.

Par un changement total de perspective, la vue suivante substitua à la Bretagne un paysage urbain lisse et net, quasi géométrique, au centre duquel se trouve un bâtiment doré, comme un point d’orgue. Il s’agissait du théâtre 95 de Cergy, scène nationale et centre des écritures contemporaines de Cergy-Pontoise, l’une de ses réalisations en tant qu’architecte. Le choix de cet ouvrage représentatif du métier qu’elle a exercé, s’imposait en ce sens qu’il parle de textes, de théâtre, et forcément de littérature. Le lieu fit l’objet d’une publication dont l’introduction fut rédigée par Claire Guezengar, romancière française mais aussi bretonne, née en 1972 à Lesneven et décédée en 2014 à Roscoff, à laquelle elle rend hommage.

Nouvelle image, celle du Régistan à Samarcande, sur la Route de la Soie. Rappelant le récent voyage qu’elle a effectuée en Ouzbékistan, Gaëlle Péneau rappela la propension, dans notre civilisation occidentale, consistant à regarder vers l’ouest, alors que sa préférence personnelle se tourne vers l’est « où l’aventure me paraissait toujours plus extraordinaire et l’inconnu toujours plus vaste ». Raison pour laquelle elle étudia le russe au lycée en seconde langue, ce qui était peu courant dans les années 1960. A la lecture des grands écrivains russes, elle fut « enchantée par la musique de la langue qui me transportait dans un monde de troïkas, de cosaques, de Tsars, de steppe, de révolutions, de goulags, d’histoires tragiques et pathétiques ».

L’image suivante montra à l’écran la couverture de l’ouvrage De la Renaissance au XXe siècle, l’art de lire, publié par la Réunion des Musées nationaux en 2017. Y figure une représentation de « La liseuse », une œuvre de Jean-Jacques Henner. Expliquant son choix, Gaëlle Péneau précisa qu’avec le temps et au moment où la pratique de l’architecture n’est plus l’essentiel de ses préoccupations, la littérature et l’écriture ont pris une plus grande place dans son quotidien. Pour elle : « Écrire un livre c’est un peu comme concevoir un projet : il nait, il avance sur un chemin qui est le sien, sans réelle préméditation, et tout en cheminant il croise des aventures, s’inspire des influences, du site, des gens, dans une temporalité incroyablement discontinue où la narration a toute son importance. Dans le cadre d’un projet architectural la narration est faite de rencontres, de matières, de motifs, de couleurs, de volumes, de lumières. »

Enfin, en conclusion de cette évocation imagée, Gaëlle Péneau choisit de faire apparaître à l’écran un aperçu de l’infiniment grand, en l’occurrence une vue de Laniakéa, ce superamas de galaxies dans lequel se situe notre Voie lactée, découvert en 2014 par une équipe internationale d’astrophysiciens. Fascinée par l’astrophysique, Gaëlle adhère à l’expression d’Hubert Reeves « Nous sommes tous des poussières d’étoiles » qui nous incite à comprendre avec humilité « que nous ne sommes rien de plus que des assemblages d’atomes, de brèves structures temporaires dont les composants ont servi à fabriquer d’autres structures avant nous et prendront d’autres formes après notre mort. »

Remerciant Gaëlle Péneau de s’être livré avec spontanéité et implication au jeu de la vérité exprimé par ces images, Michel Germain concluait la présentation en lui souhaitant la bienvenue et en lui dédiant cette formule de Daniel Pennac, dans Comme un roman « L’homme construit des maisons parce qu’il est vivant, mais il écrit des livres parce qu’il se sait mortel. Il habite en bande parce qu’il est grégaire, mais il lit parce qu’il se sait seul ». Il lui semblait que l’expression pourrait lui correspondre en raison de ce qu’elle venait de livrer sur elle-même.

L’assistance
(Photo Michel Germain)

Il revenait ensuite à Michel Cocotier, en sa qualité de représentant de Madame le maire de Nantes, de remettre au nouveau membre la médaille de la ville de Nantes.

Intermède européeen : Propos de Françoise Thyrion

Un nouvel intermède européen, proposé par Michel Valmer, donnait la parole à Françoise Thyrion, co-directrice il y a peu encore de la Salle Vasse. A la lumière de son expérience d’autrice dramatique, d’actrice et de metteuse en scène, elle exprima avec sensibilité et humour, le regard affectueux et tendre quoique parfois un peu amusé, que porte sur la francophonie un artiste doté d’une binationalité française et belge.

M. Valmer et Fr. Thyrion
(Photo Michel Germain)

La séance se poursuivait par l’évocation par Ghislaine Lejard de la disparition au cours de l’année écoulée de trois membres de l’académie, Malika Pondevie, Monique Créteur et Henri Lopes. Puis Noëlle Ménard, chancelier d’honneur, rendait compte de la récente attribution à Dominique Barbéris du Prix du roman de l’Académie française pour Une façon d’aimer.

Noëlle Ménard
(Photo Xavier ménard)

Déclarant close la séance, Patrick Barbier invita les académiciens et le public présent à poursuivre ce moment de rencontre et d’échange lors du cocktail offert par la ville de Nantes.

De gauche à droite : Jean-François Caraës, Claire Girault-Labalte, Dominique Pierrelée (chancelier) et Gaëlle Péneau (Photo Xavier Ménard)