13/06/2024 : Remise des prix de l’Académie à l’Hôtel de ville de Nantes

Le jeudi 13 juin eut lieu la traditionnelle séance de printemps de l’académie littéraire de Bretagne et des pays de la Loire, salle Paul Bellamy, à l’Hôtel de ville de Nantes.

Dominique Pierrelée, chancelier de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire évoqua en ouverture l’importance de cette rencontre marquée par l’attribution de deux des prix littéraires significatifs de l’activité de l’institution qu’il préside, le Grand prix Jules Verne et le Prix de l’académie.

Dominique Pierrelée, chancelier de l’Académie

Lui succédant, Michel Cocotier, conseiller municipal en charge du développement des pratiques artistiques en milieu scolaire et universitaire, de la lecture publique, du spectacle vivant et des arts de la rue, prit la parole au nom de Madame le maire de Nantes. Il exprima son plaisir de représenter la municipalité à cette occasion. Accueillant les membres de l’académie et l’assemblée, il rappela notamment le démarrage des travaux de la Cité des imaginaires, projet culturel d’envergure de la métropole, appelé à accueillir le grand musée Jules Verne. Exprimant sa fierté d’accompagner l’académie, il souligna l’attachement de la municipalité à laquelle il appartient aux actions de cette dernière en faveur de la lecture et des livres. « Le travail que vous menez rejoint l’attachement de la ville de Nantes pour l’imaginaire et les voyages. »

Michel Cocotier

Anne Prouteau, membre de l’académie, prit ensuite la parole, en charge d’assurer l’animation de la séance et la transition entre les différents intervenants.

Ce prix récompense depuis 1981 un ouvrage de caractère vernien. Il est attribué par un jury présidé par Xavier Noël. Avant d’effectuer la présentation du lauréat, ce dernier évoqua les trois ouvrages finalistes de la compétition.

  • Hélène Artaud, Immersion, Rencontre des mondes atlantique et pacifique, Les Empêcheurs de tourner en rond, La Découverte
  • Fleur Hopkins-Loféron, Voir l’invisible, Champ-Vallon
  • Stéphane Przybylski, Burning Sky, Denoël.

Le grand prix Jules Verne 2024 fut attribué à Fleur Hopkins-Loféron, pour Voir l’invisible, Histoire visuelle du mouvement merveilleux-scientifique (1909-1930), publié chez Champ-Vallon. La lauréate, spécialiste des imaginaires scientifiques, est née en 1990. Docteure en histoire de l’art, elle est postdoctorante au CNRS

Xavier Noël dialoguant avec Fleur Hopkins-Loféron

Xavier Noël rappela que le jury a apprécié la façon dont cet ouvrage explique la capacité des romans populaires à véhiculer de nouvelles idées scientifiques (ou pseudo-scientifiques). Il cumule de nombreuses qualités, notamment un sujet de recherche innovant et une grande richesse documentaire s’appuyant sur un mode de collecte inhabituel « qui n’est plus celui des bibliothèques, fonds d’archives et bases numérisées, mais plutôt celui des brocanteurs et libraires spécialisés, des cadeaux et trocs de livres entre amis ». Le livre permet enfin de découvrir tout un cortège d’auteurs relégués aux oubliettes littéraires, ainsi que l’intéressante imagerie qui accompagne cette abondante production écrite.

Le mouvement merveilleux-scientifique s’épanouit principalement entre 1909 et 1939. Il est concurrent à d’autres formes de romans scientifiques, comme le roman d’aventures scientifiques vernien, qui persiste. Le fondateur et théoricien de ce mouvement, Maurice Renard, est notamment l’auteur de Docteur Lerne, sous-dieu, Un homme chez les microbes, L’Homme truqué, couverture illustrée par Louis Bailly (1923)

Voir l’invisible a pour principaux mérites :

  • d’explorer un angle mort de la science-fiction à la française ;
  • de précéder la Science-fiction ;
  • de concerner une diversité de domaines scientifiques et techniques ;
  • de représenger une collecte de documents hors norme ;
  • de traiter de l’imagerie qui accompagne et nourrit le merveilleux-scientifique ;
  • d’avoir des ramifications contemporaines

Depuis 1951, le Prix de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire distingue un roman ou un essai. Le jury en charge de son attribution est présidé par Ghislaine Lejard. La présentation du lauréat fut effectuée par Annie Ollivier qui rappela dans un premier temps les sept ouvrages finalistes :

  • Vanessa Bamberger, Les brisants, Liana Levi
  • François Bégaudeau, L’amour, Verticales
  • Sophie Berger, Banc de brume, Gallimard
  • Sorj Chalandon, L’enragé, Grasset
  • Sophie G. Lucas, Mississipi, La Contre Allée
  • Dimitri Rouchon-Borie, Le chien des étoiles, Le Tripode
  • Sylvain Tesson, Avec les fées, Editions des Equateurs

Le prix de l’Académie 2024 fut attribué à Dimitri Rouchon-Borie, pour Le chien des étoiles, aux éditions Le Tripode.

  • 1977 : Naissance à Nantes
  • Etudes de philosophie à l’Université de Nantes
  • 2011 : Devient journaliste dans la presse locale : La Presse de l’Armor puis Le Télégramme.
  • Ecrit des chroniques judiciaires
  • 2018 : Premier livre, Au tribunal, chroniques judiciaires
  • 2021 : Premier roman, Le démon de la colline aux loups
  • 2021 : Ritournelle
  • 2022 : Fariboles
  • 2023 : Le chien des étoiles
Annie Ollivier échangeant avec Dimitri Rouchon-Borie

Lors d’un échange avec Annie Ollivier, Dimitri Rouchon-Borie évoqua sa façon d’écrire, les ressorts de son inspiration comme les liens entre ses ouvrages et les réflexions issus du poste d’observation que lui confère son poste de journaliste d’assises.

Le roman présente l’histoire de Gio dont on ne sait précisément s’il a vingt ans voire peut-être un peu plus. Sa vie n’est plus la même depuis qu’une lâche agression lui a planté un tournevis dans le crâne. Désormais, il voit ce que peu de gens devinent : la beauté de la nuit, l’appel des chouettes, la grandeur de ses amis Papillon et Dolorès.

« Écoutez bien ce que je vais vous dire parce que dans l’instant c’est la nuit qui parle, pas moi et c’est une voix pure, alors je serai pas capable de la refaire ensuite. »

Étonnant road movie gitan, Le Chien des étoiles est le roman de leur destin, un périple cruel et doux dans le monde des humains.

Michel Cocotier procéda ensuite à la remise de Remise de la Médaille de la ville de Nantes à Fleur Hopkins-Loféron et à Dimitri Rouchon-Borie.

Les lauréats et leurs présentateurs.

Maître de conférences en littérature française à l’Université Catholique de l’Ouest à Angers, Anne Prouteau a soutenu une thèse intitulée « Albert Camus ou le présent impérissable ». Membre de l’académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire, elle est surtout la présidente de la Société des Études Camusiennes. C’est au titre de cette expertise qu’elle a évoqué la singulière histoire du manuscrit rédigé par l’auteur, après la publication originale de L’Étranger, vendu en 1958, puis en 1991 avant d’être cédé à un collectionneur français le mercredi 5 juin 2024. Vendu 656 000 euros aux enchères, il illustre la pratique de la “recomposition” d’ouvrages par les écrivains. Signé et daté « avril 1940  » par Albert Camus, il fut en fait recopié intégralement en 1944 avec des ratures et des croquis de l’auteur.

Anne Prouteau évoquant Albert Camus

En fin de séance, Eric Chartier, membre de l’académie, récita un important extrait de son spectacle « La presqu’île », inspiré de l’ouvrage éponyme de Julien Gracq, dont il est un grand admirateur. Ce livre comprend trois récits distincts : « La route », La presqu’île » et Le Roi Cophetua ». Il fut publié par André Dalmas dans « Le Nouveau Commerce », cahier 2, automne-hiver 1963. Dans le texte, évoqué par Eric Chartier, Simon retrouve Irmgard, dans un hôtel de Piriac, après avoir sillonné en voiture la presqu’île guérandaise.

Eric Chartier évoquant Julien Gracq

« La sensation particulière aux mauvais rêves où on se fourvoie, tandis que l’heure s’écoule impitoyable, de plus en plus loin du rendez-vous où on vous attendait de toute urgence, rôdait sur ces solitudes revêches. Il se sentit un moment étrangement rejeté. Il regardait des deux côtés du chemin défiler les champs de choux, les mares, les haies sans oiseaux – une terre sans accueil qui se recouchait, qui semblait maussadement retirer sa promesse. »

La Presqu’île, Julien Gracq, éd. José Corti, 1970, La presqu’île, p. 82

En clôture de la séance, Dominique Pierrelée invita les membres de l’académie et l’assemblée au cocktail offert par l’Hôtel de Ville de Nantes.

Pendant la séance de dédicaces. Échange avec une lectrice.

14/05/2024 : Séance publique de l’académie au Conseil départemental de Loire-Atlantique

Le mardi 14 mai eut lieu la traditionnelle séance de printemps de l’académie littéraire de Bretagne et des pays de la Loire, au Conseil départemental de Loire-Atlantique, quai Ceineray, à Nantes.

À l’ouverture de la séance, Karine Paviza, Conseillère départementale, membre de la commission citoyenneté, représentant Monsieur Michel Ménard, Président du Conseil départemental de Loire-Atlantique, a rappelé l’importance du livre et de la lecture dans un contexte socio-économique où se perdent les références culturelles classiques.

Dominique Pierrelée et Karine Paviza

Dominique Pierrelée, chancelier de l’académie littéraire, répondit à ses propos en soulignant l’attachement de l’institution qu’il préside aux principes de la littérature dans la diversité de ses expressions artistiques, de la prose à la poésie notamment. Rappelant les principales missions qui sont celles de l’académie, il remerciait le conseil départemental pour le soutien qu’il lui apporte dans son action, et en particulier dans l’attribution du prix de Loire-Atlantique.

Animateur de la séance, Henri Copin, président du jury du prix Yves Cosson de Poésie, rappela l’ordre du jour de la soirée avant de passer la parole à Ghislaine Lejard afin d’évoquer la mémoire du poète et éditeur de poésie Jean Lavoué, décédé le 8 mai 2024 à Hennebont, où il s’était installé il y a trente ans. Il était né le 25 mars 1955 à La Fresnais (près de Saint-Malo).

Fondateur de la maison d’édition L’Enfance des arbres en 2017, à Hennebont, il consacra sa retraite à l’écriture et à la poésie, puisant notamment dans ses promenades le long du Blavet l’inspiration de nombre de ses poèmes imprégnés de nature. 

Pour ses recueils de poésie, il avait reçu en 2019 le prix Yves Cosson de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire. Il fut sensible à cette distinction que plusieurs de ses amis (Yvon Le Men, Gérard Le Gouic et Pierre Tanguy notamment) avaient déjà reçu.

Photo de couverture du livre « Des clairières en attente » de Jean Lavoué. Publication Médiaspaul 2021 (Photo de l’auteur)

Parmi ses derniers ouvrages publiés figurent :

  • 2022 : Le poème à venir, pour une spiritualité des lisières
  • 2021 : Voix de Bretagne : Le chant des pauvres, évoquant les visages de Michel Le Bris, Armand Robin, Yann-Fañch Kemener, Anjela Duval, Guillevic, Jean Sulivan, René Guy Cadou, Max Jacob, Georges Perros et Xavier Grall.

Henri Copin appela ensuite Hervé Carn à le rejoindre à la tribune pour la remise du Prix Yves Cosson de Poésie qui rappelle la mémoire de ce poète, universitaire, membre de l’Académie de 1960 à 2012 dont il fut le secrétaire général de 1968 à 1992. Le prix distingue un poète pour l’ensemble de son œuvre. Cette dernière doit avoir un lien avec la Bretagne ou les Pays de la Loire.

Écrivain né le 30 avril 1949 à Fumay (Ardennes), d’une famille originaire du Finistère, Hervé Carn passe son enfance et son adolescence dans les Ardennes. Son lien avec la Bretagne tient à ses racines familiales locales et aux vacances qu’il passe à Brest, dans la presqu’île de Crozon et à Plonévez-du-Faou. Par la suite, il effectue ses études universitaires à Charleville et à Paris jusqu’à l’agrégation puis un doctorat de littérature française.

En 1973, il décida d’aller vivre à Quimper avant de s’installer en 1980 à Plancoët, ou il demeure aujourd’hui encore. Auteur de romans, d’essais, de poèmes, Hervé Carn a très tôt la conviction que ces activités recèlent plus de différences que de ressemblances, tant par les postures d’écriture, les matériaux employés que l’investissement qu’ils nécessitent. Attentif à la qualité matérielle de ses livres, il partage cette préoccupation avec la plupart de ses éditeurs. Associé à de nombreuses revues internationales (NRF, Serta, Les Lettres françaises, Europe…), ses textes sont traduits en polonais, allemand, espagnol, galicien, anglais et italien. Présent dans plusieurs anthologies de romans ou de poésie, il a participé à de nombreux livres de luxe ou d’artiste en France comme à̀ l’étranger.

De gauche à droite : Hervé Carn, Henri Copin et Jacques Boislève.

Avant la remise de son prix, Henri Copin puis Jacques Boislève soumirent Hervé Carn à plusieurs questions concernant son œuvre et ses sources d’inspiration pour l’un et l’intérêt qu’il porta à Julien Gracq pour l’autre. Jacques Boislève fut en effet un ami de l’auteur de l’ouvrage Le rivage des Syrtes, à qui il rendit de nombreuses visites à Saint-Florent-le-Vieil.

Proses critiques

  • 1986 : Bernard Noël, « Poètes d’aujourd’hui », Seghers, 1986
  • 2001 : Benjamin Péret et la Bretagne, Blanc Silex
  • 2002 : Julien Gracq, Rencontre, L’Atelier des Brisants
  • 2004 : Au pays d’Aimé Césaire, Diabase, 2004
  • 1998 : Georges Perros-Bernard Noel
  • 2022 : Correspondance (préface et notes de Hervé Carn), Éditions Unes
  • 2023 : Georges Perros, La vie est partout, éditions La Part Commune

Poésie

  • 1980 : Les chaises vides (précédée de Lettre verticale XII de Bernard Noël), Ubacs
  • 1982 : La nuit est pauvre, solitaire, Hôtel Continental
  • 1998 : Le rêveur inutile, Ubacs
  • 1990 : L’œil du monde, Hôtel Continental
  • 1993 : Le peu d’air, Rencontres
  • 1996 : L’organisation de la pénombre, Dumerchez
  • 1997 : Avec Sima, Mont Analogue, 1997
  • 2001 : Hoquets du silence, Dumerchez, 2001 (Prix Georges Perros)
  • 2005 : L’Arbre des flots, Césure, 2005
  • 2008 : Vent de cendre, Dumerchez, 2008
  • 2019 : Le Bruit du galop, Folle avoine
  • L’Abattoir, Folle avoine
  • Le Grand pas, Folle avoine

Jean-François Caraës prit ensuite la parole pour inviter Maria del Carmen Márquez Gómez et Hélène Rousteau-Chambon, corécipiendaires du prix, à la rejoindre, pour la présentation de leur ouvrage intitulé L’architecture privée à Nantes au XVIIIème siècle, publié par les Presses Universitaires de Rennes.

María del Carmen Márquez Gómez a soutenu une thèse européenne en 2016 à l’université de Cadix. Intitulée Arquitectura privada en las ciudades atlánticas en el siglo XVIII : Cádiz y Nantes, elle fut dirigée dans ce travail par Fernando Pérez Mulet et par Hélène Rousteau-Chambon. Elle fut aussi l’autrice de plusieurs articles sur l’architecture privée des villes portuaires.

Professeur d’histoire de l’art moderne à l’université de Nantes, Hélène Rousteau-Chambon est membre de l’UMR 6566 du Centre de Recherche en Archéologie, Archéosiences et Histoire, au LARA (Laboratoire de recherche ARchéologie et Architectures Nantes). On lui doit la publication de plusieurs ouvrages en lien avec l’architecture (Les mascarons de Nantes, de simples décors plaisants ?, L’Enseignement à l’Académie royale d’architecture), comme la participation à de nombreuses œuvres collectives ou la rédactions d’articles sur l’architecture.

De gauche à droite : Jean-François Caraës, María del Carmen Márquez Gómez et Hélène Rousteau-Chambon

Comme elles l’expriment dans la présentation de l’ouvrage primé : « Longtemps, on a pensé que la Nantes du XVIIIe siècle devait sa physionomie à la fortune des seuls négociants-armateurs et au commerce maritime. La réalité est beaucoup plus complexe. Les acteurs de la métamorphose de la cité ligérienne sont multiples et l’architecture privée nantaise diversifiée. Née de l’adaptation aux contraintes d’une ville en pleine expansion, cette architecture permet d’afficher la réussite de ses commanditaires tout en constituant un logement intime. Malgré sa richesse, cette architecture reste encore méconnue et cet ouvrage lui redonne une visibilité. Une synthèse sur un long XVIIIe siècle et 58 monographies permettent d’appréhender cette architecture emblématique de la première grande phase d’expansion de la ville. »

Par la présentation à l’écran de morceaux choisis, sous formes d’illustrations ou de références issues du travail des deux chercheuses, Jean-François Caraës s’appliqua à montrer la pertinence et la qualité de leur investigation. L’ouvrage est en effet remarquable par son abondante iconographie, ses plans détaillés permettant de situer dans l’espaces les lieux cités ou leurs configurations d’ensemble, ses commentaires, ses sources et ses notes.

Dominique Pierrelée, Karine Paviza, María del Carmen Márquez Gómez, Hervé Carn, Jean-François Caraës et Henri Copin.

Après la remise de leur prix par Dominique Pierrelée, les récipiendaires des deux prix furent invités ainsi que les membres de l’académie présents et l’assistance au cocktail de clôture offert par le Conseil départemental de Loire-Atlantique.

25/04/2024 : En visite à l’Académie française

Dans la continuité de ses différentes sorties de printemps à Paris (elles lui ont notamment permis de visiter ces dernières années l’hôtel Matignon, la Sorbonne, la BnF et l’Opéra Garnier) l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire était reçue le jeudi 25 avril à l’Académie française et à l’Institut de France.

A 10h00, le groupe mené par le chancelier Dominique Pierrelée était reçu 23 quai de Conti par Catherine Dalarun, conférencière, en charge des actions pédagogiques et culturelles de l’Institut de France, et par Patrick Latour, adjoint au directeur des bibliothèques de l’Institut, chargé de la Bibliothèque Mazarine – Chef du service Archives, manuscrits et objets.

Dominique Pierrelée avec Amin Maalouf, secrétaire perpétuel de l’Académie française.

Patrick Latour rappela dans son propos introductif que cet établissement est la plus ancienne bibliothèque publique de France. Issue des collections privées du cardinal Mazarin, ministre de 1643 à 1661, elle ouvrit dès 1643 d’abord dans l’hôtel particulier de ce dernier (futur site historique de la Bibliothèque nationale de France).

Vue en perspective de la salle de lecture (Bibliothèque Mazarine)

L’organisation initiale du fonds est redevable à Gabriel Naudé, auteur en 1627 de l’ouvrage de référence intitulé Advis pour dresser une bibliothèque. Bénéficiant des larges subsides du cardinal, ce dernier en fera en quelques années la plus riche bibliothèque privée d’Europe avec 40 000 volumes, par l’acquisition de différents fonds. Pendant la Fronde, la bibliothèque fut saisie et dispersée lors d’une vente publique en 1652. Dès son retour au pouvoir, Mazarin n’eut de cesse que de la reconstituer, en s’adjoignant les services de François de La Poterie, avant de la confier au Collège des Quatre-Nations, établissement d’enseignement dont il fut l’instigateur, pour procéder à l’éducation de soixante jeunes gens issus des différentes provinces réunies au royaume sous son gouvernement (Alsace, Flandres, Roussillon et Pignerol).

Transporté plus tard dans le palais imaginé pour Mazarin par Louis Le Vau pour le collège, le fonds fut rouvert en 1689. Son activité ne fut pas interrompue sous la Révolution, en raison de son caractère public, alors que le collège était supprimé. Pendant cette époque, son bibliothécaire, l’abbé Gaspard Michel (dit Leblond) élargit les collections grâce aux confiscations révolutionnaires. Par la suite, l’Institut de France occupera en 1805 les bâtiments de l’ancien Collège des Quatre-Nations et la bibliothèque Mazarine lui sera rattachée en 1945.

L’Institut de France

La bibliothèque Mazarine détient aujourd’hui 600 000 documents, soit 180 000 livres imprimés antérieurs à 1800, 2 300 incunables, 5 000 manuscrits. Elle cumule les fonctions diversifiées de centre de documentation pour l’histoire médiévale et moderne, de musée du livre et de centre de recherche sur le patrimoine écrit. Ses collections du IXe siècle à nos jours accueillent notamment le bréviaire de l’abbaye du Mont-Cassin (XIe-XIIe siècle), le traité de fauconnerie de l’empereur Frédéric II, enluminé en Lombardie au XVe siècle, ainsi que le plus ancien exemplaire identifié de la Bible de Gutenberg.

Au terme de sa présentation des lieux, Patrick Latour fut relayé par …. pour la visite de l’Institut de France.

Comme l’expliqua notre conférencière, cette institution, personne morale de droit public à statut particulier, est placée sous la protection du président de la République et soumise au contrôle de la Cour des comptes. Elle est administrée par une commission centrale rassemblant notamment les secrétaires perpétuels des cinq Académies ainsi que son chancelier. Quant à la présidence de l’Institut, il est exercé par chaque académie à tour de rôle. En cette année 2024, c’est à l’Académie des sciences qu’échoit cette prérogative.

  • Institut de France : Xavier Darcos (Chancelier)
  • L’Académie française : Amin Maalouf (Secrétaire perpétuel)
  • L’Académie des inscriptions et belles-lettres : Nicolas Grimal (Secrétaire perpétuel)
  • L’Académie des sciences : Antoine Triller / Etienne Ghys (Secrétaire perpétuel)
  • L’Académie des beaux-arts : Laurent Petit-Girard (Secrétaire perpétuel)
  • L’Académie des sciences morales et politiques : Bernard Stirn (Secrétaire perpétuel)

Chacune des académies est placée sous l’autorité d’un secrétaire perpétuel.

Amin Maalouf, secrétaire perpétuel de l’Académie Française nous fit l’honneur de nous accompagner pour nous accueillir sous la coupole. Il rappela les liens d’estime et d’amitié qui le lient à certains des membres de notre institution comme Michel Ragon et d’autres encore avant de dresser à grands traits les principales missions de l’académie qu’il préside. Créée en 1635 par Richelieu, l’Académie française compte statutairement 40 membres. Sa mission essentielle consiste à « donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ». Dans ce cadre, elle mène notamment les travaux de son Dictionnaire et participe activement à la défense de la francophonie. Avec une grande simplicité, le secrétaire perpétuel engagea ensuite un échange avec les membres de notre académie.

Sous la coupole …

Situé au 23 quai de Conti, il abrite depuis 1805 les cinq académies. Son édification résulte du testament du cardinal Mazarin, signé trois jours avant sa mort le 9 mars 1661, stipulant la construction du Collège des Quatre-Nations (référence aux quatre provinces rattachées à la France par les traités de Westphalie en 1648 et la Paix des Pyrénées en 1659 : l’Alsace, Pignerol, l’Artois et le Roussillon). Il entendait y transférer sa bibliothèque et y être inhumé.

Il avait lui-même déterminé l’emplacement de l’édifice, en front de Seine, en symétrie des bâtiments de la cour carrée du Louvre sur l’autre rive. Il en dessina les plans, supervisant lui-même le début des travaux qui se poursuivirent pendant vingt-six ans, de 1662 à 1688. Le collège ouvrit ses portes en 1689. Le cénotaphe du cardinal, sculpté par Coysevox de 1689 à 1693, se trouve dans son enceinte.

L’Institut de France depuis la passerelle des Arts


En 1816, le palais du quai de Conti devint le lieu de travail des académies et de l’Institut. Il l’est aujourd’hui encore. Sous la coupole se tiennent les événements importants de la vie des académies et de l’Institut : réceptions de nouveaux membres, rentrée solennelle des cinq académies, rentrée de chaque académie, cérémonie de remise des Grands Prix.

L’après-midi, la visite des lieux se poursuivit, en compagnie à nouveau de Patrick Latour, par une visite de la bibliothèque de l’Institut de France. Ce dernier rappela que, dès sa fondation en 1795, cette institution s’était constitué une bibliothèque de travail qui bénéficia notamment des confiscations révolutionnaires.

Au fil des années, ses collections s’enrichirent d’acquisitions multiples comme de différents legs dont celui de Charles de Spoelberch de Lovenjoul en 1905. C’est ainsi que la bibliothèque possède douze carnets de notes et dessins de Léonard de Vinci, six papyri provenant d’Herculanum, des partitions autographes de Mozart. Au total, 1 500 000 documents sont conservés : 600 000 volumes imprimés, 8 600 manuscrits, des milliers de gravures, dessins, photographies, cartes et plans, médailles et objets divers.

Dans la bibliothèque de l’Institut de France

L’un des temps forts de cette journée mémorable fut assurément constitué par la présentation par Patrick Latour de quelques documents rares issus des collections, notamment :

  • Un Livre d’heures à usage liturgique de Rennes (Horae ad usam Redonensem) portant les armoiries de Richard d’Espinay, vers 1450. Ce dernier, chambellan du duc François II, époux de Marie de Goyon Matignon en 1432, puis de Béatrice de Montauban en 1435, fut le père d’un cardinal et de quatre évêques. Il était le frère de Jacques d’Espinay, évêque de Saint-Malo en 1450 puis de Rennes en 1450
Livre d’heures à l’usage de Rennes
  • Un Dictionnaire et colloques François-Breton, par Maître Guillaume Quiquier de Roscoff, destiné aux François et Bretons « qui n’ont l’intelligence des deux langues ». Ouvrage publié en 1633, ce dictionnaire usuel en petit format, destiné à l’apprentissage du breton et du français, mettait à portée de main des voyageurs les éléments de communication essentiels pour s’exprimer dans une autre langue. Il combine exemples de conversation (expressions utiles), vocabulaire et quelques notions de grammaire.
Dictionnaire « François-Breton »
  • Un exemplaire de Lancelot du Lac, incunable sur vélin enluminé à la main (lettrines, vignettes en tête des chapitres, illustrations pleines pages) publié en 1494 par Antoine Vérard, fournisseur attitré de la Cour. En ouverture de l’ouvrage, une illustration représente un combat de lance. Dans les tribunes, le roi est représenté ainsi que l’éditeur lui remettant un exemplaire de son ouvrage. Pour mémoire, ce récit jouissait d’une grande popularité au Moyen-Age. L’ensemble romanesque Lancelot en prose fut imprimé pour la première fois en 1488.
  • Un exemplaire de l’Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers (Tome 1er) de Diderot et d’Alembert, publié en 1751. Cet ouvrage comprend notamment le système figuratif des connaissances humaines (dit « arbre de Diderot et d’Alembert »), représentant la structure des connaissances consignées dans l’ouvrage. Les trois branches principales en sont : « Mémoire » / Histoire, « Raison » / Philosophie et « Imagination » / Poésie. Cette taxonomie des connaissances humaines fut inspirée aux auteurs par le Of the Proficience and Advancement of Learning Divine and Human (Du progrès et de la promotion des savoirs) de Francis Bacon, paru en 1605.
  • Une lettre adressée le 2 décembre 1839 par Honoré de Balzac au Secrétaire perpétuel de l’Institut pour l’informer du désistement de sa candidature à l’Académie française, pour avoir appris celle de Victor Hugo à laquelle il ne voulait s’opposer.
Photo de groupe avec Amin Maalouf

14/02/2024 : Réception d’Alain Mabanckou comme membre d’honneur

A l’invitation conjointe de Dominique Pierrelée, Chancelier de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire, et de Joanna Rolland, Maire de Nantes, Alain Mabanckou, écrivain, poète et enseignant franco-congolais, sera reçu comme membre d’honneur de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire. Cette manifestation associe l’académie et la Maison de l’Afrique de Nantes. Sa présentation sera effectuée par Henri Copin.

Alain Mabanckou a remporté en 2006 le prix Renaudot pour Mémoires de porc-épic. Il a reçu en 2010 le prix Georges Brassens pour Demain j’aurai vingt ans, en 2012 le Grand prix de littérature Henri Gal atttribué par l’Académie française et en 2013 le prix Pierre de Monaco, décerné par la principauté de Monaco, pour l’ensemble de son oeuvre.
Dès 1998, son premier roman, Bleu-Blanc-Rouge, le révèle au public et inaugure une oeuvre littéraire de prose et de poésie.

  • 1966 : Naissance à Pointe-Noire, au Congo ;
  • 1989 : Vient étudier en France le droit des affaires à l’université Paris-Dauphine ;
  • DEA de droit : travaille dix ans comme conseiller juridique à la Lyonnaise des Eaux ;
  • 1998 : Publie Bleu-blanc-rouge (collection Présence Africaine), Grand Prix littéraire de l’Afrique noire ;
  • 2002 : Écrivain en résidence, enseigne la littérature francophone à Ann Arbor (Michigan USA) ;
  • 2006 : Embauché par l’université de Californie ;
  • 2006 : Prix Renaudot pour Mémoires de porc-épic ;
  • 2011 : Publie Ecrivain et oiseau migrateur évoquant l’inquiétude de l’itinérance qui « fonde toute démarche de création » ;
  • 2012 : Grand Prix de l’Académie française pour l’ensemble de ses romans et essais ;
  • 2013 : Rend hommage à ses parents dans Lumière de Pointe-Noire ;
  • 2012 : Publie Le sanglot de l’homme noir ;
  • 2015 : Remet à New York le prix Courage et Liberté d’expression organisé par l’association mondiale d’écrivain PEN au journal Charlie Hebdo ;
  • 2021 : Dirige la collection Points Poésie.

Henri Lopes, 1937-2023, écrivain, diplomate, homme politique, directeur adjoint de la Culture à l’UNESCO, Membre d’Honneur 

Titulaire de la Chaire de création artistique 2015-2016 au Collège de France (premier écrivain à bénéficier d’une telle invitation), la leçon inaugurale d’Alain Mabanckou s’intitule « Lettres noires : des ténèbres à la lumière ». Il déclare à cette occasion : « Je ne rentre pas tout seul au Collège de France, je rentre avec la voix de Senghor, avec la voix de Césaire, de Sony Labou Tansi ».

« Si l’écrivain écrit aujourd’hui en toute indépendance,
il ne devrait pas perdre de vue que, bien avant lui,
des femmes et des hommes de courage ont versé leur sang pour ce droit aujourd’hui de plus en plus menacé : la liberté d’expression. »

Alain Mabanckou

14/12/2023 : Séance de l’Académie à la Mairie de Nantes

Dans le décor Art déco de la salle Paul Bellamy de l’hôtel Rosmadec, dans l’enceinte de la mairie de Nantes, s’est tenue mardi 14 décembre à 18h00 la séance solennelle de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire venant clore l’exercice 2023.

Une soirée marquée principalement par la présentation du cahier 2024, œuvre collective rituelle de l’académie, et par l’intronisation d’un nouveau membre.

Dominique Pierrelée, chancellier de l’académie
(Photo Xavier Ménard)

L’ouverture de la séance fut marquée par le mot d’accueil traditionnel prononcé par Dominique Pierrelée, qui évoqua l’importance de ce rendez-vous rituel de fin d’année. En réponse à son propos et au nom de la municipalité nantaise qui accueillait en ses lieux l’académie, Michel Cocotier, conseiller municipal, représentant Madame Johanna Rolland, Maire de Nantes, tint à souligner dans son propos la qualité et la force des liens particuliers qui se sont tissés à travers le temps entre la municipalité et l’académie en raison de l’action menée par cette dernière en faveur de la littérature en particulier et de la francophonie en général.

Michel Cocotier, conseiller municipal, représentant Madame le Maire de Nantes, Johanna Rolland (Photo Xavier Ménard)

Puis Patrick Barbier, vice-chancelier, orchestrateur des interventions, prit le relais pour annoncer les différents temps forts de la soirée. Jean-Yves Paumier, chancelier d’honneur, rappela la carrière littéraire exceptionnelle d’Amin Maalouf, membre d’honneur de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire, élu le 28 septembre 2023 secrétaire perpétuel de l’Académie française, où il avait été admis le 23 juin 2011. Né à Beyrouth dans une famille d’intellectuels libanais, il fit des études d’économie et de sociologie, avant de couvrir – comme journaliste – de nombreux évènements à travers le monde. A ce titre, il fut à titre d’exemple le témoin de la chute de la monarchie éthiopienne en septembre 1974, ou de la dernière bataille de Saigon, en avril 1975.

Jean-Yves Paumier évoquant Amin Maalouf
(Photo Xavier Ménard)

Etabli en France en 1976, Amin Maalouf fut rédacteur en chef de Jeune Afrique avant de se consacrer à l’écriture et de connaître un premier succès de librairie en 1986 avec Léon l’Africain. Prix Goncourt 1993 pour Le rocher de Tanios, il évoqua dans cet ouvrage les montagnes libanaises de son enfance. En 1998 le prix européen de l’essai lui fut attribué pour Les Identités meurtrières, et en 2010 il obtint le prix Prince des Asturies des Lettres pour l’ensemble de son œuvre. Suivra une œuvre abondante marquée par l’empreinte de la guerre civile et de l’immigration. Parmi les auteurs qui exercèrent sur lui une empreinte, il reconnait une double influence : celle d’auteurs occidentaux comme Thomas Mann, Albert Camus, Léon Tolstoï, Marguerite Yourcenar, Charles Dickens, Stefan Zweig, d’une part, et celles d’Omar Khayyam comme de la poésie de langue arabe d’autre part.

En hommage au nouveau secrétaire perpétuel de l’Académie française, un court intermède musical proposa au public présent un extrait de Beirut, l’une des compositions musicales d’Ibrahim Maalouf, neveu de l’académicien, musicien et compositeur. Il fut rappelé à cette occasion que le père de ce dernier, Nassim Maalouf (frère d’Amin), lui-même compositeur réputé, fut l’inventeur dans les années 1960 de la trompette à quatre pistons (dite « microtonale ») permettant d’interpréter avec cet instrument les quarts de ton typiques des tonalités de la musique arabe.

De gauche à droite : J.-Fr. Caraës, E. Fonteneau, Cl. Giraud-Labalte, M. Germain
(Photo Xavier Ménard)

Présentation du cahier 2024 de l’académie

Patrick Barbier annonça ensuite la présentation du cahier 2024 de l’académie, assurée conjointement par Claire Giraud-Labalte, Eric Fonteneau, Jean-François Caraës et Michel Germain.

En introduction Claire Giraud-Labalte présenta les raison qui présidèrent au choix de la thématique européenne pour la présente édition : « Ce Cahier 2024 nous fait voyager de multiples manières, dans l’espace et le temps, l’imagination et l’invention, élargit notre horizon. Tout un monde se découvre : des Européens chez nous ; des artistes de toutes disciplines au-delà des frontières ; l’empreinte de l’Europe sur nos paysages. De même une série de portraits, de parcours individuels qui tendent des lignes vers divers pays et partagent leurs réflexions, nous relient à d’autres langues, à d’autres expressions, de l’Espagne à la Suède, de la Lituanie à l’Allemagne en passant par l’Italie, etc. »

Jean-François Caraës, coordonnateur de l’ouvrage et rouage essentiel de la préparation de ce dernier, aborda ensuite la structuration du cahier en différentes parties, expliquant les contributions respectives de chacun.

Cahier 2024 de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire
Échanges entre Bretagne Pays de la Loire et Europe

Des Européens chez nous

  • Concert des nations en Baie de Bretagne
    (Dominique Pierrelée)
  • De Ouessant à l’Oural : des Bretons en Europe, et vice-versa
    (Annie Ollivier)
  • Les Polonais de Couëron
    (Colette Le Lay)

L’art au-delà des frontière

  • Avec David d’Angers sur les chemins de l’Europe
    (Jacques Boislève)
  • Etienne Destranges, l’ambassadeur nantais de Bayreuth
    (Patrick Barbier)
  • Le prix de Rome
    (Vincent Rousseau)

L’Europe dans le paysage

  • Wisslick Komelick – Noirmoutier, laisses d’Europe sur île atlantique
    (Henri Copin)
  • Clisson, un parfum d’Italie
    (Claire Giraud-Labalte)
  • Les influences européennes de Thomas Dobrée pour son palais nantais
    (Jean-François Caraës)
  • Un palais italien à Varades, la demeure de François Briau (1812-1890)
    (Claire Voisin-Thiberge)
  • Regards croisés sur le Port du Bec, « petit port chinois » et la Algameca Chica, « Shangaï carthaginoise »
    (Xavier Noël)

Portraits et rencontres

  • Juan José España, un Franco-espagnol, compagnon de l’Ordre de la Libération
    (Noëlle Ménard)
  • Jörg Bong : L’europhile aux deux visages
    (Michel Germain)
  • Nantes, l’Europe, la Culture – Six portraits de personnalités ligériennes des arts, de la pensée et du spectacle
    (Michel Valmer)
  • Lotta Lekvall, une Suédoise à Nantes et dans les Pays de la Loire
    (Claire Giraud-Labalte)
  • Là-bas, la Baltique / Ten toli Baltija
    (Claire Giraud-Labalte)
  • Françoise Thyrion « La langue française est mon pays. »
    (Ghislaine Lejard
  • Trois femmes russes
    (Annie Ollivier)
  • Les racines grecques
    (Vincent Rousseau)
  • Nantes, l’Europe… et un petit coin de Saintonge
    (Philippe Josserand)

Excursion en pays de Retz

  • Trajectoires
    (Dominique Pierrelée)
  • Les Gondi et le cardinal de Retz
    (Jean-Louis Liters)
  • 10 septembre 1793 en pays de Retz, entre histoire et littérature
    (Jean-François Caraës)
  • Brains, de Jules Verne à Dos Passos
    (Jean-Yves Paumier)
  • De Pornic à la Magistère, sur les traces de Maurice Orliac
    (Michèle Chaillou, Marie-Laure Prévost)
  • Les souvenirs de l’enfant du lac
    (Vincent Rousseau

Nantes en francophonie

  • Littératures en français ; les nouveaux espaces
    (Henri Copin
  • « Je voyage dans une langue, le français » – Patrick Navaï
    (Ghislaine Lejard
  • Yvan Navaï, interprète et compositeur, poly-instrumentiste
    (Ghislaine Lejard
  • Jouer avec les mots
    (Jean Amyot d’Inville)

Dans le rétroviseur

Ils nous ont quittés

  • Pour Malika Pondevie (P. Josserand)
  • Malika la morisque (Noëlle Ménard)
  • Malika au galop (Henri Copin)

Réceptions de nouveaux membres

  • Colette Le Lay, une femme scientifique engagée (Jean-Louis Liters, Annie Ollivier)
  • Claire Voisin-Thiberge (Noëlle Ménard, Jacques Boislève)
  • Alfred Gambou (Henri Copin)

Quand on parle de l’Académie

  • L’Académie se déplace dans le département : à Ancenis, au Croisic
  • L’Académie au Palais Garnier
  • Dévoilement des plaques M. Chaillou, Y. Cosson et H. Cadou

Remises des prix de l’Académie

  • Prix de l’Académie 2023 à Pierre Adrian (présentation de Michel Germain)
  • Prix Jules Verne 2023 (présengtation de Christian Robin)
  • Prix Yves Cosson 2023 de poésie (Henri Copin)
  • Prix de Loire-Atlantique 2023 (Jean-François Caraës

Intermède européen : Propos de Pilar Martinez-Vasseur

Michel Valmer et Pilar Martinez-Vasseur
(Photo Xavier Ménard)

A l’invitation de Michel Valmer, Pilar Martinez-Vasseur, directrice du Festival de Cinéma espagnol de Nantes depuis 1990, prit la parole. Membre de l’académie, spécialiste en histoire et civilisation espagnole contemporaine, professeur émérite au Département d’Études Hispaniques de l’Université de Nantes, elle évoqua avec ferveur la richesse que lui procure sa double culture française et hispanique.

Présentation de Gaëlle Péneau

Patrick Barbier annonça ensuite la présentation d’un nouveau membre de l’académie, Gaëlle Péneau. Née à Nantes en 1952, architecte de formation, elle fut notamment membre fondateur et co-gérante de l’agence GPAA, membre correspondant national de l’Académie d’Architecture française, vice-présidente de la Maison régionale de l’architecture des Pays de Loire à Nantes, et architecte conseil de la Mission Interministérielle pour la Qualité des Constructions Publiques (MIQCP)

Michel Germain expliqua en préalable que l’intéressée avait accepté de de se plier de bonne grâce au jeu consistant à se présenter au travers de sept images (choisies par elle), évocatrices de lieux, d’évènements, de personnes importantes dans sa trajectoire personnelle. Evoquant en premier lieu la couverture du n°96 de la revue 303 de novembre 2008, Gaëlle Péneau rappela la présence en couverture de cette publication de la formule de Louis Aragon « Né à Nantes comme tout le monde », faisant écho à ses propres origines. Surtout, la revue exprimait le lien fort qu’elle éprouve pour Jacques Cailleteau, fondateur de la revue. Conservateur régional de l’inventaire des richesses artistiques de la France, au sein de la DRAC des Pays de la Loire, ce dernier l’embaucha à mi-temps pour relever les plans d’édifices faisant l’objet d’une campagne d’inventaire. Elle avait 20 ans. Ce fut sa première expérience professionnelle.

Gaëlle Péneau
(Photo Xavier Ménard)

L’image suivante, représentant l’extrait d’un inventaire topographique, se réfère à la campagne de relevés auquel elle participa en 1983 dans le canton de La Ferté-Bernard. A la faveur de cette image, elle rappela qu’un dessin d’architecture est avant tout une vision de l’espace. En apprenant à dessiner des plans, elle apprit à regarder l’architecture. « En architecture le dessin est utilisé pour communiquer, il est donc bien une forme de langage qui a ce double rôle de faciliter le processus de conception lui-même et de partager avec d’autres les idées développées au cours de ce processus ».

Succéda l’image d’un paysage associant, dans une même perspective, la terre et la mer, dans un contre-jour, occasion de rappeler la traversée qu’elle fit en juillet 2021 de la Bretagne, d’est en ouest, depuis la forêt de Paimpont jusqu’à la pointe du Toulinguet (presqu’île de Crozon). Deux cents kilomètres effectués à pied, clin d’œil à l’académie « de Bretagne » mais surtout à Par les champs et par les grèves, le récit du voyage effectué en 1847 en Bretagne par Gustave Flaubert et Maxime du Camp, dont elle emprunta une partie de l’itinéraire.

Par un changement total de perspective, la vue suivante substitua à la Bretagne un paysage urbain lisse et net, quasi géométrique, au centre duquel se trouve un bâtiment doré, comme un point d’orgue. Il s’agissait du théâtre 95 de Cergy, scène nationale et centre des écritures contemporaines de Cergy-Pontoise, l’une de ses réalisations en tant qu’architecte. Le choix de cet ouvrage représentatif du métier qu’elle a exercé, s’imposait en ce sens qu’il parle de textes, de théâtre, et forcément de littérature. Le lieu fit l’objet d’une publication dont l’introduction fut rédigée par Claire Guezengar, romancière française mais aussi bretonne, née en 1972 à Lesneven et décédée en 2014 à Roscoff, à laquelle elle rend hommage.

Nouvelle image, celle du Régistan à Samarcande, sur la Route de la Soie. Rappelant le récent voyage qu’elle a effectuée en Ouzbékistan, Gaëlle Péneau rappela la propension, dans notre civilisation occidentale, consistant à regarder vers l’ouest, alors que sa préférence personnelle se tourne vers l’est « où l’aventure me paraissait toujours plus extraordinaire et l’inconnu toujours plus vaste ». Raison pour laquelle elle étudia le russe au lycée en seconde langue, ce qui était peu courant dans les années 1960. A la lecture des grands écrivains russes, elle fut « enchantée par la musique de la langue qui me transportait dans un monde de troïkas, de cosaques, de Tsars, de steppe, de révolutions, de goulags, d’histoires tragiques et pathétiques ».

L’image suivante montra à l’écran la couverture de l’ouvrage De la Renaissance au XXe siècle, l’art de lire, publié par la Réunion des Musées nationaux en 2017. Y figure une représentation de « La liseuse », une œuvre de Jean-Jacques Henner. Expliquant son choix, Gaëlle Péneau précisa qu’avec le temps et au moment où la pratique de l’architecture n’est plus l’essentiel de ses préoccupations, la littérature et l’écriture ont pris une plus grande place dans son quotidien. Pour elle : « Écrire un livre c’est un peu comme concevoir un projet : il nait, il avance sur un chemin qui est le sien, sans réelle préméditation, et tout en cheminant il croise des aventures, s’inspire des influences, du site, des gens, dans une temporalité incroyablement discontinue où la narration a toute son importance. Dans le cadre d’un projet architectural la narration est faite de rencontres, de matières, de motifs, de couleurs, de volumes, de lumières. »

Enfin, en conclusion de cette évocation imagée, Gaëlle Péneau choisit de faire apparaître à l’écran un aperçu de l’infiniment grand, en l’occurrence une vue de Laniakéa, ce superamas de galaxies dans lequel se situe notre Voie lactée, découvert en 2014 par une équipe internationale d’astrophysiciens. Fascinée par l’astrophysique, Gaëlle adhère à l’expression d’Hubert Reeves « Nous sommes tous des poussières d’étoiles » qui nous incite à comprendre avec humilité « que nous ne sommes rien de plus que des assemblages d’atomes, de brèves structures temporaires dont les composants ont servi à fabriquer d’autres structures avant nous et prendront d’autres formes après notre mort. »

Remerciant Gaëlle Péneau de s’être livré avec spontanéité et implication au jeu de la vérité exprimé par ces images, Michel Germain concluait la présentation en lui souhaitant la bienvenue et en lui dédiant cette formule de Daniel Pennac, dans Comme un roman « L’homme construit des maisons parce qu’il est vivant, mais il écrit des livres parce qu’il se sait mortel. Il habite en bande parce qu’il est grégaire, mais il lit parce qu’il se sait seul ». Il lui semblait que l’expression pourrait lui correspondre en raison de ce qu’elle venait de livrer sur elle-même.

L’assistance
(Photo Michel Germain)

Il revenait ensuite à Michel Cocotier, en sa qualité de représentant de Madame le maire de Nantes, de remettre au nouveau membre la médaille de la ville de Nantes.

Intermède européeen : Propos de Françoise Thyrion

Un nouvel intermède européen, proposé par Michel Valmer, donnait la parole à Françoise Thyrion, co-directrice il y a peu encore de la Salle Vasse. A la lumière de son expérience d’autrice dramatique, d’actrice et de metteuse en scène, elle exprima avec sensibilité et humour, le regard affectueux et tendre quoique parfois un peu amusé, que porte sur la francophonie un artiste doté d’une binationalité française et belge.

M. Valmer et Fr. Thyrion
(Photo Michel Germain)

La séance se poursuivait par l’évocation par Ghislaine Lejard de la disparition au cours de l’année écoulée de trois membres de l’académie, Malika Pondevie, Monique Créteur et Henri Lopes. Puis Noëlle Ménard, chancelier d’honneur, rendait compte de la récente attribution à Dominique Barbéris du Prix du roman de l’Académie française pour Une façon d’aimer.

Noëlle Ménard
(Photo Xavier ménard)

Déclarant close la séance, Patrick Barbier invita les académiciens et le public présent à poursuivre ce moment de rencontre et d’échange lors du cocktail offert par la ville de Nantes.

De gauche à droite : Jean-François Caraës, Claire Girault-Labalte, Dominique Pierrelée (chancelier) et Gaëlle Péneau (Photo Xavier Ménard)

23-24/10/2023 : Salon du livre « Plumes d’Equinoxe » au Croisic

Rendez-vous traditionnel de septembre, la 27ème édition du salon du livre Plumes d’équinoxe s’est tenue par une météorologie clémente au Croisic les 23 et 24 septembre 2023. Une manifestation réussie à l’initiative de la mairie, représentée par Michèle Quellard, maire de la ville, et Jacques Bruneau, premier adjoint en charge de la Culture et des Animations. Sa programmation fut orchestrée par Jean-Yves Paumier, chancelier d’honneur de l’académie et directeur artistique du salon.

Vue générale du Salon du livre Plumes d’Equinoxe.

Sur le thème de l’aventure maritime …

Le thème de l’année, l’aventure maritime, permit d’exprimer, notamment dans les 2 tables rondes intitulées respectivement « L’aventure maritime dans l’histoire » samedi 23 septembre, et « L’aventure maritime romancée » dimanche 24 septembre, les différents registres de ces expériences du large. A ces rencontres participèrent nombre d’auteurs invités parmi lesquels Christophe Agnus, Laurent Decaux, Fabrice Humbert, François Guichard, Dominique Lebrun, Monique Vérité, Antoine Quinquis et Fabien Vinçon.

Loïck Peyron, pendant la conférence inaugurale à l’Océarium du Croisic.

Didier Decoin, président d’honneur …

Didier Decoin, président d’honneur du salon, participa aux différentes rencontres et fut le thème central de la Grande rencontre, organisée à son endroit le dimanche matin à 11h00, salle Jeanne d’Arc. Elle permit d’évoquer en premier lieu son dernier ouvrage Le nageur de Bizerte, ouvrage évoquant la rencontre improbable d’une jeune docker du port de Bizerte, épris de natation, et d’une jeune ukrainienne, Yelena, fille d’un riche baron ayant fui l’avancée des Bolcheviks à bord du cuirassé Georges le Victorieux. L’intrigue romanesque se fonde sur l’histoire véridique de cette escadre de 45 navires et de 5000 réfugiés partis de Crimée et parvenus à Bizerte avec l’accord du gouvernement français en 1921.

Didier Decoin pendant son intervention.

L’échange se prolongea par l’évocation du parcours du romancier célèbre, auteur de près de 40 ouvrages, aujourd’hui président de l’Académie Goncourt, après en avoir été le secrétaire général de 1995 à 2020. A cette occasion fut rappelé que l’un de ses premiers livres, John l’Enfer, lauréat du prix Goncourt en 1977, figure au nombre restreint de la réédition des 40 ouvrages les plus remarquables distingués par ce prix, au même titre que Les Racines du ciel de Romain Gary ou La condition humaine d’André Malraux 

En conclusion, associée à la manifestation croisicaise, l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire le fut dans différents registres par :

  • La participation de Noëlle Ménard, chancelier d’honneur, à l’organisation de la dictée qui le samedi fit salle pleine dans l’espace associatif Olympe de Gouges avec une épreuve sur le thème de la mer conçue par Julien Soulié, membre du projet Voltaire, ancien professeur de lettres classiques et lauréat des Timbrés de l’orthographe ;
Pendant la dictée.
  • La contribution de Jean-Yves Paumier et Michel Germain à l’animation des tables rondes, de la rencontre avec Didier Decoin et de la conférence préliminaire du vendredi 22 septembre à l’Océarium du Croisic avec Loïc Peyron, naviagateur et auteur du Dictionnaire amoureux de la voile ;
  • La présence sur le stand tenu par l’académie de Ghislaine Lejard, de Jean-Louis Liters et de Vincent Rousseau ;
  • La participation de quatre membres de l’académie au jury du prix Plume d’Equinoxe qui distingua Fabien Vinçon, journaliste et producteur à Arte, pour son dernier livre intitulé Staline a bu la mer, fable écologique évoquant l’épisode méconnu de l’assèchement de la mer d’Aral par Staline.
Remise du prix Plumes d’Equinoxe à Fabien Vinçon.

13/06/2023 : Séance solennelle au Château des Ducs de Bretagne

Lors de sa traditionnelle séance de printemps, dans la salle du premier étage du bâtiment dit du Harnachement, au château des Ducs de Bretagne, à Nantes, l’académie littéraire de Bretagne et des pays de la Loire a procédé à la remise des distinctions concernant le Grand Prix Jules Verne et le Prix de l’académie.

De gauche à droite : Michel Cocotier, Dominique Pierrelée et Patrick Barbier.
Au micro Noëlle Ménard et Philippe Josserand (Photo Xavier Ménard)

La séance fut ouverte à 18h00 par Dominique Pierrelée, chancelier de l’Académie, et par Michel Cocotier, conseiller municipal de Nantes, en charge du développement des pratiques artistiques en milieu scolaire et universitaire, de la lecture publique ainsi que du spectacle vivant et des arts de la rue. Patrick Barbier, vice-chancelier de l’académie, assurait l’animation de la séance et le passage de relais entre les différents intervenants.

Dominique Pierrelée mit l’accent dans son propos préliminaire sur l’importance de ce rendez-vous qui met l’accent, avant la période estivale, sur les travaux menés par l’académie dans son action de promotion de la littérature et des livres. Dans le prolongement de son propos, Michel Cocotier s’est félicité du partenariat établi de longue date entre l’Académie et la ville de Nantes, se félicitant de la concordance de vue dans la nécessité d’œuvrer de façon conjointe pour défendre les initiatives en faveur de la lecture.

Les lauréats : Antoine Laurain (à gauche) – Pierre Adrain (A droite) (Photo Xavier Ménard)

Grand prix Jules Verne

Récompensant depuis 1981 un ouvrage de caractère vernien, le jury qui attribue ce prix est présidé par Christian Robin, vice-chancelier de l’académie. Il a été attribué à Antoine Laurain, pour son livre intitulé Les caprices d’un astre, publié par Flammarion.

Lors de sa présentation de l’ouvrage, Christian Robin mit en avant la construction littéraire voire cinématographique de ce dernier, alternant l’évocation d’une intrigue contemporaine et celle, plus historique car plusieurs siècles plus tôt, de l’étonnante malchance de l’astronome Guillaume Joseph Hyacinthe Jean-Baptiste Le Gentil de la Galaisière dans sa vaine tentative d’observation à Pondichéry du phénomène astronomique rare constitué par le transit de Vénus en 1761. Cette observation aurait dû permettre de déterminer avec précision la distance séparant la terre du soleil.

Christian Robin et Antoine Laurain (Photo Xavier Ménard)

L’ouvrage relate son inconfortable voyage d’une durée de plus de 15 mois, contrecarré par le conflit entre la France et le Royaume-Uni. Les mouvements du bateau ne lui ayant pas permis à la date convenue d’opérer la mesure espérée, Le Gentil de la Galaisière prolongera de 8 ans son séjour afin de bénéficier d’un nouveau cycle pour son observation. Cette seconde tentative sera cette fois contrecarrée par la nébulosité. Cette étonnante malchance poursuivra le scientifique dans sa vie professionnelle et personnelle, raison de l’attachement vouée par l’auteur au personnage.

Dans un propos teinté d’humour, Antoine Laurain répondit à Christian Robin, qu’il remercia pour sa lecture attentive ainsi que pour ses remarques érudites sur les correspondances entre son personnage et les évocations des récits de Jules Verne.

Dominique Pierrelée procéda ensuite à la remise de son prix au Lauréat, tandis que Christian Robin lui remettrait en complément une invitation pour deux nuitées à l’hôtel Jules Verne de Biarritz, offert par la Société des hôtels littéraires, fondée par Jacques Letertre. Conçus par des amoureux des livres et de la littérature, ces hôtels ont vocation à recréer l’univers d’écrivains célèbres. L’ensemble de la décoration est pensé comme un hommage à l’auteur et à son œuvre. Un parcours d’exposition emmène les hôtes de passage sur les traces de l’écrivain, à travers des bibliothèques, des œuvres d’art et des citations, comme une invitation au voyage.

En savoir plus …

Auteur de plusieurs romans, Antoine LAURAIN a publié aux Éditions Flammarion :

  • Le Chapeau de Mitterrand
    Prix Landerneau et prix Relay des voyageurs 2012
  • La Femme au carnet rouge (2014)
  • Rhapsodie française (2016)
  • Millésime 54 (2018)
  • Le Service des manuscrits (2020),
  • Et mon cœur se serra (2021)
  • Les caprices d’un astre (2022)
  • Dangereusement douce (2023)

Ses livres sont traduits en plus de vingt langues et font l’objet d’adaptations pour le cinéma ou la télévision.

Prix de l’Académie

Attribué depuis 1951, le prix de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire distingue un roman ou un essai. Son jury est présidé par Ghislaine Lejard. Il distingue en 2023, Que reviennent ceux qui sont loin, de Pierre Adrian, publié chez Gallimard.

Lors de la présentation de l’auteur et de son livre, Michel Germain  rappela que ce livre grave et léger évoque avec sensibilité l’état particulier, marqué d’impressions diffuses, de couleurs et de parfums oubliés, qui s’empare de ceux qui, sur le tard, reviennent en un lieu connu du temps de l’insouciance, quand le ciel était d’un azur perpétuel et le soleil permanent. Alors s’empare de vous le sentiment fragile de l’impermanence, de l’obsolescence de toute chose. Pierre Adrian a notamment su restituer la tonalité nostalgique de l’adolescence disparue. Son livre a obtenu le Prix Jean-René Huguenin en mémoire de l’auteur de La Côte sauvage, encensé par la critique, décédé prématurément en septembre 1962. L’ultime phrase du journal interrompu de ce dernier, le 20 septembre 1962, mentionnait : « Ne plus hésiter, ne plus reculer devant rien. Aller jusqu’au bout de toute chose, quelle qu’elle soit, de toutes mes forces. N’écouter que son impérialisme. »

Michel Germain et Pierre Adrian (Photo Xavier Ménard)

Auteur talentueux, Pierre Adrian a déjà publié six ouvrages, dont deux avec son ami Philibert Humm. Il a notamment obtenu le prix des Deux Magots et le prix François Mauriac de l’Académie française pour La piste Pasolini, paru en 2015, le prix Roger Nimier pour Des âmes simples, paru en 2017. Il a également procédé à la réédition de L’inconnu me dévore, l’admirable œuvre posthume de Xavier Grall.

Dans sa réponse, Pierre Adrian évoqua le caractère autobiographique de son livre, avec l’évocation de la maison familiale du Finistère où se retrouvait chaque été un rassemblement composite de parents et de proches. Le retour plus tard du narrateur, héros du livre, en ce lieu, permet à ce dernier de comprendre avec acuité que ce qui semblait figé dans une sorte d’ennui d’apparent est devenu inexorablement le reflet d’un temps disparu, teinté de nostalgie. Ce roman universel évoque en fait la fragilité de la vie. Pour conclure, Pierre Adrian souligna l’attachement à la Bretagne que lui confère ses racines, avant que Dominique Pierrelée procède à la remise de son prix.

Les lauréats et le public (Photo Xavier Ménard)

En savoir plus ….

Né le 29 juin 1991, Pierre Adrian vit aujourd’hui à Rome après une enfance en région parisienne avec ses cinq frères et sœurs. Chroniqueur au magazine L’Equipe. Lauréat en 2016 du prix des Deux Magots et du prix François-Mauriac de l’Académie française, pour La piste Pasolini, du prix Roger-Nimier en 2017 pour Des âmes simples et du Prix Jean-René Huguenin en 2022 pour Que reviennent ceux qui sont loin.

  • La Piste Pasolini, éditions des Équateurs, 2015
  • Des âmes simples, éditions des Équateurs, 2017
  • Les Bons Garçons, éditions des Equateurs, 2020
  • Que reviennent ceux qui sont loin, Gallimard, 2022

En collaboration avec Philibert HUMM :

  • Le tour du monde par deux enfants d’aujourd’hui, 2018
  • La micheline, tournée des bars de France, 2021

Prix du livre scientifique

À l’invitation de Dominique Pierrelée, Xavier Noël, trésorier de l’Académie, fut invité à présenter le nouveau prix littéraire qu’accordera l’académie littéraire de Bretagne et des pays de la Loire, à son initiative, en lien avec Nantes-Métropole. Nommé Prix Science et Société, il serait décerné en décembre pour la première fois.

Présentation du livre 1962, une Académie littéraire en bord de Loire

Noëlle Ménard, chancelier d’honneur, et Philippe Josserand présentèrent à deux voix l’ouvrage sur l’académie conjointement réalisé dans le but de présenter la trajectoire originale de cette institution fondée à Nantes le 7 décembre 1962.

Noëlle Ménard (Premier plan) et Philippe Josserand au micro (Photo Xavier Ménard)

Philippe Josserand rappela le caractère spécifique de cette série d’opuscules publiés par les éditions Midi-Pyrénéennes dont 47 titres sont parus depuis octobre 2018. La collection a pour principe de revisiter l’histoire d’une ville à partir d’une année marquante de la vie de la cité. Historiens confirmés, les auteurs effectuent une synthèse rigoureuse du sujet traité. Philippe Josserand est le directeur de la collection pour ce qui concerne Nantes, au même titre que d’autres historiens pour les villes de Bordeaux, Toulouse, Strasbourg ou Clermont Ferrand.

Pour Nantes, cet ouvrage est le sixième paru sur la ville après :

  • 1460, Une université pour le duché de Bretagne
  • 1598, Nantes et son édit
  • 1716, Pauline, une esclave au couvent
  • 1919, Jacques Vaché, l’exquis cadavre qu’on s’arrache (rédigé par Jean-Louis Liters, membre de notre académie)
  • 1987, Dubigeon, La fin de la navale.

Noëlle Ménard évoqua pour sa part les circonstances peu connues du grand public de la création de l’académie au sortir de la seconde guerre mondiale, marquée par les personnalités respectives de ses chanceliers et la durée de leurs mandats respectifs. L’une des difficultés de la rédaction de l’ouvrage résulta notamment des impératifs de concision fixés à ce dernier.

Avant de clore la séance, Michel Cocotier procéda à la remise de la médaille de la ville de Nantes à chacun des lauréats, avant qu’Eric Chartier, membre de l’académie, n’évoque avec lyrisme et son talent confirmé d’acteur, un extrait de Le rouge et le noir, de Stendhal, publié en 1830. Il fit de nombreuses fois revivre ce texte, seul en scène, à l’instar de son autre spectacle Marcel Proust : À l’ombre de Combray. Pour lui « Le dire est une célébration de l’écriture, la page est partition. Sur l’établi du métier je la pétris éparse« .

En conclusion de la séances, les académiciens et le public présent furent invités à se retrouver avec les lauréats lors d’un sympathique cocktail offert par la municipalité, occasion de poursuivre les échanges et les dédicaces des ouvrages primés.

23/05/2023 : Séance solennelle de l’Académie

Lors de sa séance solennelle qui s’est tenue le mardi 23 mai au Conseil départemental de Loire-Atlantique, l’académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire a procédé à la remise de deux des distinctions qu’elle accorde, le Prix de Loire Atlantique et le Prix Yves Cosson de Poésie.

La séance fut ouverte par Dominique Poirout, Vice-présidente culture et patrimoine, représentant Monsieur Michel Ménard, Président du Conseil départemental de Loire-Atlantique. Elle souligna notamment dans son propos l’importance que revêt le livre en particulier et la littérature en général dans l’environnement de chacun, ainsi que l’intérêt porté par le département aux actions menées par l’Académie. Dans sa réponse, le chancelier Dominique Pierrelée tint à la remercier d’un partenariat qui ne se dément pas dan s la durée comme de l’accueil de l’institution pour la remise de ses deux prix.

J.-F. Caraës, A. Poulard, M. Jussiaume, D. Poirout, D. Kay, D. Pierrelée, H. Copin (Photo Xavier Ménard)

Prix de Loire-Atlantique 2023

Jean-François Caraës, président du jury du prix de Loire Atlantique, prit ensuite la parole pour présenter le titre retenu Berligou : Le vins des ducs de Bretagne, publié par Le Temps Editeur, et les lauréats. Dans un propos enthousiaste et plein d’humour, il souligna que le jury fut sensible au sujet traité, la résurgence d’un vin et d’un cépage oublié, le Berligou, comme à l’aspect approfondi du traitement du sujet. Le texte est en effet assorti de nombreuses notes et précisions documentaires. Les deux auteurs de l’ouvrage primé sont Alain Poulard et Marcel Jussiaume.

Les Lauréats

Alain Poulard

Œnologue à l’Université de Bordeaux, Alain Poulard est docteur en biologie de l’Université de Nantes. Ancien responsable de l’Unité de Nantes de l’Institut Français de la vigne et du vin (IFV), il exerça la fonction d’expert à l’Organisation Internationale de la Vigne et du vin (OIV). Co-fondateur de l’Association Le Berligou, il est l’un des membres du groupe des 12.

Jean-François Caraës (à gauche) et Alain Poulard (à droite) (Photo Xavier Ménard)

Marcel Jussiaume

Viticulteur et fondateur du Domaine de Guérande au Loroux-Bottereau, Marcel Jussiaume a depuis cédé son domaine à son fils Pierrick. Il est le co-fondateur du Grand Prix Clémence Lefeuvre (nom de la restauratrice qui créa le beurre blanc en 1930), concours de Muscadet au jury exclusivement féminin. Il fut membre du Conseil Interprofessionnel des Vins de Nantes et Président du Syndicat des Appellations Muscadet. Il est également l’un des membres du groupe des 12.

Marcel Jussiaume (Photo Xavier Ménard)

L’ouvrage

Le livre évoque de manière documentée et précise la démarche exemplaire menée par le groupe des 12 pour retrouver la trace et restaurer la production du Berligou, vin populaire planté par les ducs de Bretagne vers 1390 au château de Beaulieu à Couëron, l’une de leurs résidences secondaires. Des textes anciens attestent que la duchesse Anne de Bretagne l’aurait apprécié, de même qu’Henri IV lorsqu’il vint signer l’Édit de Nantes en 1598.

La quasi-disparition de ce cépage serait due aux maladies cryptogamiques de la fin du XIXe siècle : l’oïdium en 1840, le mildiou et le phylloxéra en 1880. En 1930, le berligou de Joseph Bernier, planté dans le sud de Saint-Herblain, fut encore primé au concours départemental, ce qui atteste de rares survivances. En 1993, Joseph Bosseau en rechercha quelques plants pour les rangs conservatoires du musée du vignoble. Il en obtint en 2007 plusieurs pieds que lui céda Joseph Picot, propriétaire d’une parcelle de 180 pieds à Saint-Fiacre.

Dans sa réponse aux propos de Jean-François Caraës, Alain Poulard rappela la démarche persévérante effectuée par les différents partenaires du groupe des 12 depuis le début du projet. Marcel Jussiaume souligna pour sa part l’importance et le rôle à part que revêt dans l’histoire de l’humanité. Elle se révèle à ce titre être un élément de civilisation.

Prix Yves Cosson de Poésie

Henri Copin, président du jury de ce prix de poésie, prit ensuite la parole afin de présenter le poète Daniel Kay, distingué en 2023 pour l’ensemble de son œuvre. Dans son propos, il évoqua le parcours singulier de ce dernier et sa démarche qui, outre la poésie, embrasse également la peinture et une réflexion sur l’art. Dans sa réponse, Daniel Kay fit part au public d’une série d’annotations et de réflexion sur la poésie qu’il rédigea à la volée lors de son voyage pour se rendre à Nantes.

L’auteur

Né en 1959 à Morlaix, Daniel Kay effectua ses études supérieures à Brest et Rennes. Agrégé de lettres modernes, ses poèmes furent publiés notamment dans les revues NRF, Théodore Balmoral (Revue semestrielle de littérature contemporaine, créée à Orléans en 1985), Hopala ! (Revue littéraire et artistique bretonne créée en 1999 par Jean-Yves Le Disez) et Traces. Depuis 2003, il a contribué à plusieurs livres d’artistes comme à des éditions bibliophiliques. Peintre lui-même, il écrit également sur la peinture. Il enseigna la poésie moderne, la littérature comparée et l’histoire de la critique à l’Université de Bretagne-Sud.

Daniel Kay (à droite) et Henri Copin (Photo Xavier Ménard)

Ouvrages publiés :

  • L’histoire des arts, Le Faouët, Éditions du Scorff, 2000
  • Magnificat (ill. Thierry Le Saëc), Languidic, Éditions de la Canopée, 2003
  • Le bleu du ciel (ill. Thierry Le Saëc), L’Attentive, 2006.
  • Tombeau de Georges Perros suivi de Armand Robin à Plouguernével, La Part commune, Rennes, 2007
  • À quoi rêvent les statues ?, La Part commune, Rennes, 2010
  • L’Approche de Delft : de la peinture hollandaise & de Marcel Proust, Paris, Éditions Isolato, 2011
  • Fragments des deux baies (ill. Gilles Plazy), Trégunc, la Sirène étoilée, 2013
  • Vies silencieuses, Gallimard, mai 2019
  • Tombeau de Jorge Luis Borges, Gallimard, juin 2021
  • Un peigne pour Rembrandt et autres fables pour l’œil, Gallimard, mai 2022
  • Baugin, le dessert de gaufrettes, éditions Invenit, coll. Ekphrasis, Lille, 2022
  • Petits pans de Proust, d’après un détail de Vermeer, éditions des Instants, Paris, 2022

Expositions

  • Les Monts d’Arrée – Rodolphe Le Corre, Daniel Kay, Alain Le Beuze, Galerie Les Stèles, Morlaix, septembre 2007
  • Les Monts d’Arrée – Regard croisés, Espace culturel Lucien-Prigent, Landivisiau, 2009
  • Multiples, Salon de la petite édition d’artiste, Morlaix, 2009
  • Daniel Kay, un poète et des peintres, Médiathèque Les Ailes du temps, Morlaix, octobre 2010
  • Fragments d’un lieu – Peintures et livres d’artistes de Daniel Kay, Pôle culturel du Roudour, Saint-Martin-des-Champs, mars 2015
  • La baie des plumes – Salon de la poésie et des livres, L’Ivraie, Douarnenez, août 2017
  • Thierry le Saëc : la poétique du trait – Autour du livre d’artiste « Imago Ignota« , Galerie du Bourdaric, Vallon-Pont-d’Arc, mars-mai 2018

Livres d’artistes & Editions bibliophiliques

Avec André Jolivet

  • L’île Tristan, 4 exemplaires
  • Île Callot, 4 exemplaires
  • Ouessant, 4 exemplaires
  • Ouessant, phare du Stiff, 4 exemplaires
  • Le Grand Bé, 4 exemplaires

Avec Rodolphe Lecorre

  • Monts d’Arrée 02, 11 exemplaires numérotés

Avec Thierry Le Saëc

  • L’attribution des chefs-d’œuvre
  • Finis Terrae, Brest-Lisboa
  • Imago Ignota

Avec Maya Mémin

  • Tombeau de J.L.B, 20 exemplaires
  • Fragments d’Icarie, 50 exemplaires

Avec Bernard Menguy

  • Trente exemplaires

Avec Yves Picquet

  • Orphée palimpseste, 12 exemplaires

Avec Michel Remaud

  • Du rouge, 16 exemplaires

Avec Véronique Sézap

  • Menhirs, 5 œuvres originales

Quelques extraits

Après l’intervention de Daniel Kay, Henri Copin donna lecture de plusieurs extraits de l’oeuvre du poète primé.

« Les Grecs ne possédaient pas de mots pour le bleu. Homère lui-même devait recourir à de subtiles périphrases pour évoquer cette couleur. Pendant des siècles en Occident les hommes n’ont pas nommé le bleu. C’était au temps où la mer et le ciel rinçaient  leurs teintures  dans la gorge de  curieuses divinités. On ignorait que les oiseaux qui picoraient dans le bleu suspendraient  des grappes de fruits  rouges sur le rebord de grandes assiettes en faïence. »

Daniel Kay, Vies silencieuses

« Présences léguées bien plus loin
que nos bras ne peuvent atteindre,
mots d’aucun langage,
phrases interminables sans verbe ni sujet
chuchotées sur la toile blanche
que prépare dans l’atelier
celui qui délie peu à peu
la conscience ligneuse des forêts

Daniel KAY, Vies silencieuses

Avant de clore la séance, le chancelier Dominique Pierrelée rappela que l’Académie remettra le 13 juin prochain, au Château des Ducs de Bretagne, le Grand prix Jules Verne et le Prix de l’Académie. La séance de l’académie s’acheva sur un cocktail lors duquel chacun put déguster le fameux Berligou.

11/05/2023 : Décès de Malika Pondevie

Malika Pondevie, née Roumane, n’est plus ! Elle est partie, à sa façon discrète mais pas effacée, le 11 mai 2023. Entrée à l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire en 2009, elle faisait partie du jury du prix Yves Cosson de poésie et s’investissait dans le partenariat avec la maison de l’Afrique. Titulaire d’un diplôme de pharmacie, chercheuse et conférencière sur la civilisation arabe et l’histoire de l’Afrique du Nord, elle devait évoquer le 15 juin prochain Cordoue, capitale de l’Esprit, la cité majeure de l’Espagne musulmane, dans un amphi de la faculté de pharmacie de Nantes (clin d’œil à sa formation initiale de pharmacienne). Il y a un an, elle animait passage Sainte-Croix une rencontre sur le Soufisme, cette voie spirituelle de l’islam qui est tout à la fois une quête mystique et un voyage dans la profondeur de soi. Ainsi était-elle !

Une curiosité d’esprit insatiable !

Elle poursuivit ses études scientifiques initiales par celle de l’histoire de l’Art, des langues Orientales, notamment au Centre des Hautes Etudes sur l’Asie et l’Afrique Moderne (CHEAAM). Chercheuse sur la Civilisation Arabe médiévale et sur l’Histoire de l’Afrique du Nord Antique, elle enseigna la médecine arabe à l’Université de Nantes. Conférencière brillante, elle intervenait à Paris (Institut du Monde Arabe) comme à Montpellier (l’Institut Maimonide).

Malika Pondevie (à droite) et Philippe Josserand

Dans le cadre de l’association Rencontres méditerranéennes, qu’elle présida, elle participa notamment au colloque Culture arabe et culture européenne organisé en décembre 2000 en partenariat avec l’Université de Nantes. Les actes en seront publiés en 2006, chez L’Harmattan. En 2003, elle contribua au colloque organisé aux Sables d’Olonne dans le cadre de l’année de l’Algérie en France, avec le soutien de l’Unesco, consacré à Saint-Augustin. Sa contribution, « Augustin et le monachisme occidental » parut dans l’ouvrage Saint-Augustin, le passeur des deux rives, publié en 2010 par l’éditeur d’Orbestier. Evoquant l’histoire comme l’œuvre d’un des pères emblématiques de l’Église, elle rappela le double rôle qu’il exerça en introduisant en Afrique le monachisme occidental, puis en en définissant les règles.

Nostalgique des trois cultures

Nostalgique de l’Andalousie des trois cultures où cohabitèrent pacifiquement pendant plusieurs siècles juifs, chrétiens et musulmans (qu’un colloque évoqua aux Sables d’Olonne en 2012), elle était infatigable, aussi capable d’organiser un concert sur Les troubadours des trois cultures à l’Institut du Monde Arabe à Paris en 1994 avec Jordi Savall et Montserrat Figueras, que de contribuer à la production d’une création chorégraphique originale aux Sables d’Olonne avec Celina Chaulvin, élève du Martha Graham Dance ensemble et Jean Vincent Boudic. Elle avait l’œil exercé d’un peintre et d’un photographe dont les œuvres furent exposées.

Sa silhouette menue comme sa présence nous manquent déjà. Nous ne l’oublierons pas.

11/05/2023 : L’Académie en presqu’île guérandaise

Vingt membres avaient souscrit à la proposition de sortie en presqu’île guérandaise offerte aux membres et aux amis de l’Académie, à la demande Dominique Pierrelée, son chancelier. Ils se sont donc retrouvés jeudi matin 11 mai, à 10h00, au rendez-vous fixé près de l’ancienne Criée, sur le port du Croisic, devant la statue de Pierre Bouguer.

Né dans la localité, ce mathématicien, physicien et hydrographe, fut le compagnon de Charles Marie de La Condamine dans son expédition vers le Pérou en 1735. Auteur du magistral Traité du navire publié en 1746, l’Académie des sciences distingua en 1727 son étude sur « La meilleure manière de former et distribuer les mâts des bateaux » ainsi que sa « méthode d’observation de l’altitude des étoiles en mer ».

Son père, Jean Bouguer, navigua pendant dix ans sur les navires du roi. Blessé au combat de la baie de Bantry en Irlande le 11 mai 1698, il perdit une jambe et fut nommé professeur de pilotage à l’école d’hydrographie du Croisic. On lui doit un Traité complet de navigation, réimprimé en 1706.

Laurent Delpire et le groupe des participants.

Visite commentée du Croisic

Laurent Delpire, Directeur du patrimoine et de l’urbanisme à la Ville du Croisic, Conservateur des Antiquités et Objets d’Art de Loire-Atlantique, accueillit le groupe et évoqua lors d’une promenade dans les rues de la ville les aspects les plus remarquables de la cité et sa riche histoire maritime.

Cette déambulation instructive, émaillée de nombreuses anecdotes, se termina en fin de matinée dans les jardins de l’hôtel de ville, occasion d’admirer le canon de 24 en bronze du Soleil Royal qui s’y trouve. Cette pièce d’artillerie de 24 provient du vaisseau amiral de la flotte de Brest (80 canons), sabordé le 21 novembre 1759 pendant la fâcheuse bataille des Cardinaux, dont l’épave fut retrouvée en 1955.

Dans le jardin de l’hôtel de ville

Réception à l’Hôtel de ville

Jacques Bruneau, ex-procureur de la République, premier adjoint au maire du Croisic, délégué à la Culture et aux Animations, attendait à la mairie la délégation. Lors d’une courte allocution, il rappela les liens sympathiques qui se sont établis de longue date entre la municipalité et l’académie. Il en donnait pour exemples les plus significatifs la contribution décisive de Jean-Yves Paumier à la programmation du salon du livre Plumes d’Equinoxe en septembre, notre présence par un stand et la participation de deux membres au jury du prix attribué à cette occasion.

Jacques Bruneau accueille les participants à la mairie du Croisic.

Axé sur les produits de la mer, le déjeuner fut ensuite servi au restaurant La Bretagne, établissement croisicais longtemps tenu par Pierre Coïc, successeur d’Auguste (son père qui ouvrit l’établissement en 1938). Musicien dans l’âme, ce dernier vouait une prédilection au violon — il en possédait 11 — ce qui ne l’empêchait pas de jouer également du saxophone et de la clarinette. Sous le pseudonyme de Yann Breiz, il écrivit en juillet 1986 les paroles et la mélodie de la chanson Le Kurun. Au terme d’un déjeuner dans son établissement, Jacques-Yves Le Toumelin signa le 19 novembre 1960 le livre d’or de cette dédicace « Toute précipitation est un signe de faiblesse ».

Kurun, le voilier de Jacques-Yves Le Toumelin.

Kurun et Jacques-Yves Le Toumelin

Après le déjeuner une partie des participants avait opté pour la visite du Kurun, le voilier de Jacques-Yves Le Toumelin et la visite du local de l’Association des Amis du Kurun où sont conservés les objets de navigation et différents souvenirs liés au navigateur. A bord de ce cotre à gréement aurique de 10 mètres de long, construit de 1946 à 1948, il fut le troisième navigateur français à effectuer une circumnavigation à la voile, après Alain Gerbault sur le Firecrest de 1923 à 1929, et Louis Bernicot sur Anahita de 1936 à 1938. Parti le 19 septembre 1949 du Croisic, il reçut à son retour — le 7 juillet 1952 — un accueil triomphal. Le navigateur rendit compte de sa navigation dans Kurun autour du monde, livre de chevet de toute une génération de navigateurs. Il fut par ailleurs le frère de Yahne Le Toumelin, artiste peintre élève d’André Lhote, amie de Leonora Carrington, exposée par André Breton dans sa galerie A l’étoile scellée. Elle réalisa notamment plusieurs décors de ballets pour Maurice Béjart. De son mariage avec Jean-François Revel naquit Matthieu Ricard (le moine bouddhiste) qui reconnaît devoir à son oncle l’éveil de sa spiritualité.

L’autre partie des participants à la rencontre avait choisi de monter au clocher de Saint-Guénolé, à Batz-sur-Mer, construit au XVIIème siècle. A 70 mètre de hauteur, il offre en effet une vue panoramique sur la presqu’île guérandaise, le phare du Four au large, et par-delà ce dernier la perspectives des îles morbihannaises d’Hoëdic, d’Houat et de Belle Ile.

Le clocher de Saint-Guénolé

Au musée des Marais Salants

Les deux groupes se retrouvèrent à 15h45 au Musée des marais salants, à Batz-sur-Mer, où les attendait son conservateur, Gildas Buron. Héritier du Musée des anciens costumes créé en 1887 à l’initiative d’Adèle Pichon, fille de paludiers (l’un des plus anciens musées d’Art et Traditions populaires de France), il fut visité par Léon Daudet, Anatole France, Guillaume Apollinaire ou … Mistinguett. Lors d’une passionnante visite, Gildas Buron rappela la genèse du musée et en présenta la remarquable démarche muséographique.

Gildas Buron expliquant l’histoire du sel

L’idée du musée naquit en 1875 à l’occasion du congrès de l’Association française pour l’Avancement des Sciences, tenu à Nantes. L’association avait été créée trois ans plus tôt en 1872, inspirée de la British Association. Depuis 1984 le musée, considérablement étendu, bénéficie d’un nouveau cadre dans le bâtiment édifié spécialement. Depuis 2003, il est la propriété de la communauté d’agglomération de la Presqu’île de Guérande-Atlantique (Cap Atlantique), collectivité territoriale fédérant quinze communes entre les estuaires de La Loire et de La Vilaine.

Une belle richesse muséographique parfaitement mise en valeur.

Merci, en conclusion à Jacques Bruneau, Laurent Delpire et Gildas Buron qui ont contribué de façon décisive à la qualité de cette belle journée servie par une météorologie favorable. Les liens déjà amicaux de l’Académie avec le Croisic en sortent renforcés d’une meilleure connaisance, si besoin était, de la cité et de son riche passé.